Le poisson rouge

Allez Allez Approchez approchez!! 

 

Venez assister à ce nouveau spectacle encore plus impressionnant que le précédent avec encore plus de cascades spectaculaires, de chutes vertigineuses et de remontées fantastiques, de sensations extraordinaires à coups de révélations intimes, d’envolées lyriques. Venez applaudir nos pseudos aventuriers, pseudos écrivains philosophes, pseudos sportifs…

-Monsieur le Clown?

Oui mon petit, quel âge as-tu?

5 ans.

Quelle est ta question?

Est-ce qu’il y aura du sexe comme l’autre fois?

Euh, non, enfin, si, juste avec des métaphores. Tu sais ce que c’est une métaphore? 

Oui c’est quand maman elle dit que je suis né dans un chou alors que je sais très bien que Papa il a trempé son biscuit. Tiens, encore une autre métaphore.

Ok, tu me feras penser de toucher deux mots à tes parents après le show.

 

Ladies and Gentlemen, aujourd’hui dans le numéro de rentrée, nous allons parler du poisson rouge, cousin du mérou qui ne boite plus. Je vous invite à revoir la saison 1 de walking dead où un zombie revenu d’on ne sais où déambule dans un paysage burlesque.

Commençons par cette blagounette qui vous chatouillera les papilles : c’est deux poissons rouges dans un bocal. L’un dit à l’autre : Tu as quelque chose de prévu jeudi prochain?

Le poisson rouge fait immédiatement appel à la notion de mémoire. Celle du Carassius auratus - il ne faut jamais passer à coté d’un peu de culture - est soi-disant inférieure à la seconde. Le principal avantage a pour trait cette capacité de s’émerveiller à l’infini. Si je reviens sur mes deux compères bloqués dans l’aquarium, à chaque fois qu’il se croise, vu qu’ils ont oublié s’être parlé trois secondes plus tôt, ils s’émerveillent chacun à leur manière devant un congénère qui remue la queue comme eux.

Ah, j’ai reconnu la métaphore Mr Clown !

Euh non, pas là. Parfois, je sème des petites embuches pour attraper les petits garnements comme toi.

La nature humaine étant différente des poissons, nous disposons d’une capacité de mémoire allant de 512 Mb à plusieurs teras selon les individus. Ajoutez à cela notre disposition à vouloir ou pouvoir remplir les cases selon si nous sommes tendance volatile ou éponge. Notre propension à s’émerveiller se réduit au fur et à mesure du temps qui passe mais l’avantage est de pouvoir construire, apprendre, espérer, sans exclure le fameux bug qui nous empêche de passer correctement à la piste suivante. 

Je me souviens que sur le 33 tours de Serge Lama que mon père écoutait durant l’année 1978, un micro-accident altéra le micro-sillon entraînant un microscopique micro-dérèglement dans la micro sphère environnante dont l’impact se fait ressentir aujourd’hui par les fortes chaleurs. C'est l'histoire du battement du papillon qui, elle aussi, est rayée. À l’époque, la seule conséquence fut que le chanteur revenait sans cesse sur les femmes de Pigalle.

Mr Clown, ça c’est pas une métaphore parce que mon papa…

viens ici sale petit morveux

Ah vous devez être son papa biscuit?

Comment voulez-vous avancer dans la vie lorsque tout vous ramène dans des endroits chauds et limite infréquentables. Du coup, on a balancé le Lama par la fenêtre - heureusement, comme il sait léviter, grand sage méditatif qu'il est, il ne s'en est sorti qu'avec quelques égratignures, et on a acheté le disque de Gainsbourg, Sea sex and Sun.

 

Parmi tous les super pouvoirs que j’aimerai me voir affubler, le syndrome du poisson rouge me rendrait plutôt service avec la possibilité de choisir les événements susceptibles d’être rayés de ma carte mentale ; Ne serait-ce pas la mémoire qui nous empêcherait d’être en parfaite harmonie? Nous nous construisons sur la base d’expériences vécues, nous mémorisons chaque leçon apprise, même la plus insignifiante. Comme dirait une artiste canadienne adepte du Ricard, Mauricette à l’anis, you live, you learn. Tu vis, tu apprends. Ce qui l’apanage de peu d’espèces humaines.

Le manque de faculté d’apprentissage n’empêche pas la notion de sensation, le fait de ressentir. Mes vaches chéries continuent de marcher dans les bouses de leurs concitoyennes malgré le fait qu'elles ont déjà, par le passé, sali leurs jolis sabots. 

Quand on a compris, enfant, que mettre le doigt dans l’entrebâillement de la porte n’était pas une bonne idée, on essaie de ne plus le faire à l’avenir. Dame Nature a tout prévu et n’a pas pourvu nos amis les poissons de doigt et les a éloigné au possible des portes qui s’ouvrent et se referment en permanence. La probabilité qu’un poisson rouge se retrouve coincé dans une charnière est, de fait, quasiment nul. 

Si, comme cette maudite poissecaille, nous, les humains, nous emploierions notre mémoire uniquement pour marcher, manger, nous accoupler et déféquer - sans ordre pré-établi et pourquoi pas simultanément- nous serions tout à fait heureux à batifoler dans la nature, nus comme des vers, à se pisser dessus par plaisir; la notion de dégoût n’existerait pas dans ce monde simple.

Je suis multi-tâche, je réfléchis tout en écrivant. A l’instar de Herbert George Wells, père de la science fiction qui n'avait pas encore de nom à l'époque ( la SF, pas le HG) , lui qui avait imaginé multitudes de prophéties extraordinaires dont quelques unes se sont partiellement vérifiées plus tard, je verrai bien en 2172, pour le centenaire de la mort d'un grand écrivain qui a complètement effacé de la mémoire collective une autre visionnaire anglais du 19e et début 20e siècle,  et que comme cette phrase n'en finit plus, je ne me souviens plus de quoi je voulais parler au début - ne serait-ce pas la mémoire qui flanche comme dirait Jeanne machin(comment s'appelait-elle au fait?). En 2172, disais-je, je prédis une machine qui va analyser notre cerveau comme une vulgaire IRM, pour ensuite effacer ou modifier notre histoire pour la rendre sous un meilleur jour et ainsi ne conserver le positif de notre vécu. 

N'y aurait-il pas un livre à écrire là-dessus?

Cyril Goldfish.

La lutte

Ce pèlerinage, ce temps accordé à l’introspection, puis l’écriture, avant et après, furent nécessaires, bénéfiques en un sens, mais annonciateurs de douleurs, de celles qui décuplent leur puissance lorsqu’on décide de les raviver pour les traiter enfin.

Il n’y a pas de remède miracle. J’ai essayé toute sorte de crème, d’onguent et je lutte.

Je lutte contre moi-même. Et c’est effectivement ce à quoi je m’emploie depuis plus de 40 ans.

Enfant, je m’amusais quelquefois – étais-je déjà torturé ? – à coincer des guêpes dans des bouteilles dans lesquelles j’avais mis de l’eau sucrée. Même sans bouchon, l’insecte tournicotait sans cesse sans trouver le moyen d’en réchapper.

Aujourd'hui, la guêpe, c’est moi. J’ai fait péter le bouchon mais le breuvage n’a pas le goût du Moët et Chandon. Mais confiant et optimiste, je ne désespère pas car je lutte. Sans cesse. C’est fatigant parfois, c’est usant à la longue mais je dois le faire et ce vilain taureau secoue la bouteille de temps en temps alors que j’étais presque parvenu à grimper jusqu’à l’ouverture. Je me contente alors de lever la tête pour apercevoir le bleu visible à travers le goulot. Et je grimpe à nouveau. Et je lutte.

La lutte a cet avantage de rester actif, de ne pas sombrer, de se révolter, de s’offusquer, d’être en accord avec ses opinions, ses valeurs, sa conscience.

La mienne est encore perpétuelle. 

La confusion qui tend vers l’ambiguïté, à moins que ce ne soit l’inverse, me permet de brouiller les pistes comme une pirouette pour éviter de me dévoiler, ne sachant pas précisément ce qu’il y a à montrer tellement c’est le fouillis là-dedans. 

 

Cyril dard-dard

 

La lessive

 

L'autre soir, j'ai frotté la lampe à défaut d'autre chose, sans trop y croire. Mon esprit ultra cartésien s'est bien ouvert ces dernières années au point d'envisager qu'éventuellement peut-être, pourquoi pas, le cas échéant et dans certaines conditions, le chamanisme pouvait défier la science. Je commençais sérieusement à choper des ampoules sur mes mains rugueuses lorsque le Génie est apparu. J'avais lu comme tous les philosophes agrégés les aventures d'Aladdin, bien-sur et m'attendait donc, si la prophétie se matérialisait à voir apparaître un gros bibendum violet avec une queue mais pas dans le sens où tu pourrais l'interpréter, je veux dire une vraie queue, comme celle de Rocco à sa période "baba cool", avec des cheveux longs donc. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque un machin rabougri plein de plis apparut dans mon champ visuel. 

Je suis le Génie m'annonce-t-il d'emblée?

Oui et moi je suis ta mère, pauvre petite fiente, lui rétorquais-je, ne supportant pas les imposteurs. C'est pour cela que vous ne trouverez jamais de miroir chez moi, soi dit en passant. Ce qui est fâcheux, pour le coup, car je me serai rendu compte immédiatement que j'avais été transformé en crapaud gluant. C'est en voulant me gratter les glaouis que je compris qu'elles avaient disparus (je n'ai pas eu le temps de potasser mon encyclopédie "Animaux du monde" pour savoir où se trouvent les glaouis des crapauds, si tant est qu'ils en ont).

J'avais contrarié le Génie et il me le fit payer cash. Après d'âpres négociations, il consentit à me redonner ma fière allure.

Blandine : Bon, il est où le rapport avec la choucroute? J'ai une lessive à lancer, j'ai niqué ma nuisette à voulant refaire ma couleur hier soir?

Cyril : La patience est la mère de toutes les vertus.

Le Génie s'adressa à moi d'un air lapidaire, d'une froideur excessive : Le comité des Génies s'est réuni et tu as été désigné pour formuler un voeu. J'ai vu tout de suite qu'il avait pas voté pour moi, le mini bouddha. 

Transporte moi en 2172, lui répondis-je sans hésiter, laisse moi me complaire une journée et fais-moi ensuite revenir ici et maintenant, avec un objet de mon choix.

Il disparut et je me retrouvai en caleçon sur un parking, au pied d'une tour géante. J'avais omis de penser à m'habiller avant de prononcer mon voeu. Je savais quand j'étais mais pas où jusqu'à ce que je comprenne que je n'avais pas bouger d'un centimètre. Ma maison avait volé en éclat pour faire place à ce parking maudit. Je le compris quand j'aperçus une plaque commémorative sur laquelle était inscrit je cite : Ici vécu Cyril Desmaizières, le découvreur du syndrome de la lessive. Je restais estomaqué avec des sentiments mitigés. D'une part, ravi d'être reconnu par la postérité, voir son nom s'est une plaque, c'est pas rien quand-même, je pourrais comme ça claquer le beignet à mon proctologue qui ne cesse de se vanter d'avoir son nom sur sa porte, cette face de pet. D'autre part, être reconnu pour une vulgaire histoire de lessive, du coup, ça dégonfle le soufflet. Ce que je fis de cette journée fera l'objet d'un livre entier. En bref, comme j'étais pratiquement à poil, sans le sou, ben, va ramener un objet pertinent qui ferait fureur de vivre dans le passé ! C'est sans compter sur l'ingéniosité de votre serviteur qui ramena un bonnet.

Mais pas n'importe quel bonnet. Un bonnet encéphalogramme. Capable d'analyser votre activité cérébrale et de la retranscrire sur une appli de ton smartphone. C'est ce bonnet qui recouvrait mon crâne quand j'ai lu une publicité pour Ariel dans les pages de Playboy magazine, crâne qui, malgré un âge avancé, n'a pas encore vu l'once d'un cheveu blanc. C'est un des nombreux avantages de n'avoir pratiquement pas de cheveux.

Le signal a tout de suite culminé dans les amplitudes hautes, ce qui est l'apanage des grands auteurs comme Schopenhauer, Spinoza ou Van Damne. Et soudain, à la lecture du mot "lessive", la machine s'est emballée et un pic est apparu sur mon écran. J'ai compris sur l'instant que je devais approfondir cette notion de lessive.

Blandine : Donc tu me retardes dans mon cycle de lavage de mon linge avec des histoires sans queue ni tête pour accoucher d'un paquet de bonux?

Cyril : Tu as mal lu, le Génie avait bien une queue et une tête.

Donc, la lessive. Comme d'autres objets qui viennent après, pendant le séchage, soit on s'arrête au niveau 1 et on proclame que la lessive, c'est pratique si on veut obtenir des vêtements propres, soit on se sort les doigts du cul, et on va voir ce qui se cache derrière ce mot d'une banalité déconcertante pour le pèquenot de base. Le banal n'existe plus chez moi, c'est devenu une raison d'être.

Il y a une énorme différence que j'ai découvert après de longs efforts cérébraux. Le résultat est que mon bonnet a pris feu, crâmant définitivement les rares cheveux qui me restaient. 

Il faut distinguer UNE lessive et LA lessive. Voilà. Je sais, c'est énorme. Quand le monde va savoir cela, il y aura un avant et un après. Je comprends mieux maintenant l'histoire du syndrome.

Quand la mère Denis, c'est ben vrai ça, montrait aux ménagères des années 70, Madeleine comprise, comment une femme moderne devait faire UNE lessive, elle s'arrêtait au niveau 1. Je prends le linge de mon mari qui a besogné toute la journée, je l'enfourne dans la machine, je rajoute du Omo sans adoucissant, je vais me rouler un oinj, regarder un épisode de Starsky et Hutch, éventuellement me faire défoncer par Maurice le voisin ( quelle coquine cette Mère Denis) et quand je reviens, je sors le tout et l'étend sur le fil au fond du jardin.

Quand Heinrich Himmler a dit : on va faire LA lessive, il avait franchi le premier stade. Quel grand visionnaire ce Heinrich. (On peut aussi saupoudrer d'humour noir, tout est autorisé dans la saison 2, ou 3, ou 4 je ne sais plus). 

Nul besoin de bonnet traducteur pour comprendre que les visions sont un poil différentes.

Et ça marche avec la merde ou la moule.

Si on dit c'est UNE merde, on désigne la crotte de chien que cette denrée avec son chien chien à sa mémère n'a pas ramassé. Cela reste futile.

Par contre, si on s'époumone à dire c'est LA merde, là, on est loin de la crainte de marcher dedans du pied gauche. On a les deux mains dedans, jusqu'aux coudes et franchement ça craint du boudin, si je puis dire.

Dans la même veine, lorsque Blandine pérore : J'ai UNE moule qui m'échauffe ! , on comprend que le plat à base de fruits de mer qu'elle s'est empiffrée à midi dans ce resto japonais a du mal à passer. 

En revanche, lorsqu'elle s'exclame à qui veut l'entendre : J'ai LA moule qui m'échauffe, la déontologie et la délicatesse qui me caractérisent m'empêchent de développer ce concept.

 

Cyril crapoto basta fuite

Le mur

Le mur est une dérive.

Quand il a été créé, il n'avait pas le même emploi que dans nos sociétés contemporaines. Il représente, de façon ultra primaire, un obstacle.

Si un mur se dresse sur mon chemin, je ne peux plus avancer. Soit je le contourne, soit je passe par-dessus, soit je l'explose.

Le mur de Berlin, symbole de la répression communiste, pouvait être difficilement contourné. Une poignée s'est aventuré à passer par-dessus, malgré les miradors et les barbelés jusqu'à ce qu'il explose, dans un grand élan de liberté.

Au départ de l'humanité, il n'y avait que des murs naturels faits de forêts denses, de falaises, d'arbres chus, de rochers. On imagine que le cueilleur-chasseur dans sa quête devait suivre le chemin le plus simple, telle l'eau qui se déploie selon l'écoulement naturel jusqu'à ce que l'homme et le castor construisent des murs spéciaux appelés barrages.

Ces murs servaient de guide, de repère. Jusqu'à ce qu'on s'aperçoive qu'ils pouvaient servir de protection, caché derrière un roc à l'abri du regard d'un prédateur, blotti contre un arbre à l'abri du vent glacial. Les grottes emmurées dans la roche ont permis ensuite de se sédentariser dans un endroit sûr, protégé des dangers de la nature.

C'est peut-être à cette fin que les premiers murs ont été montés, en bois, en torchis, en pâte à modeler que sais-je. Afin d'offrir une pseudo sécurité; ajoutez un toit et la messe est dite, même si ce n'était sans doute pas une église.

Les civilisations se développant, des milliers de murs se dressèrent avec des fonctions évolutives. Outre la protection contre les nuisibles, les murs se sont mis à séparer, à s'imposer, à exclure. Et c'est le mur qui devint alors le nuisible, bafouant un peuple allant jusqu'au génocide, chassant des autochtones, marquant son territoire. Les frontières, les propriétés virent le jour petit à petit et c'est le peuple nomade qui payait le plus lourd tribut. Le nomade est un citoyen de la Terre, sans frontière, sans animosité. Il devint étranger à cause des murs.

Les murs ont enfermé les peuples jusqu'à ce qu'aujourd'hui, les gens se cloisonnent dans leur individualisme, dans leur petit pré carré, derrière leur petit écran, ce mur virtuel qui les renferme encore plus. Les murs ont changé de nature au fur et a mesure que les générations se renouvellent. Ils sont désormais bâti par les multinationales visant à maitriser les peuples dans un format consumériste défini.

Le mur est une contrainte. Il empêche d'avancer à sa guise. Mais il y a pire: Deux murs ! Là, ça devient un asservissement, on est obligé de suivre la voie tracée entre ces deux murs. Certains vous diront qu'il s'agit de la route expansionniste, menant vers la liberté, la paix, la fortune. N'empêche, que ces deux murs parallèles empêchent encore plus. Le choix se cantonne entre avancer dans le sens des moutons, ou bien de les tondre à rebrousse-laine, dans l'autre sens.

Ne nous plaignons pas, nous diront-ils, sinon je rajoute un troisième mur et c'est l'impasse. Vous serez en marge de la société, parqué dans un coin à regarder les trains passer. On vous interdira d'aller plus loin mais il est encore temps de rentrer dans le rang. Mais si vous persistez dans votre raisonnement têtu, le quatrième va sortir de terre illico et c'est direct en prison, sans passer par la case départ. Et la c'est la spirale qui vous attends avec le cinquième mur, synonyme de ténèbres et enfin le sixième, et c'est la mort qui vous emporte dans votre boite en sapin. Avant 1933, Jacob et Sarah, habitants de Dusseldorf, pouvaient vivre. Des murs, il y en avait , les lois, les codes, les autres etc..

Puis d'un coup, un gros mur s'est mis en travers de leur route. Puis un deuxième, progressivement, insidieusement, et un troisième. En 1940, ce fut le quatrième qui leur était imposé. Les deux derniers arrivèrent alors très vite.

 

Le seul endroit sur terre où il n'y a pas de murs, c'est le chemin. Et celui qui me rétorque qu'il est déjà aller marcher et que des murs, il en a aperçu le long du sentier, plein de mousse et même que parfois, il y a des barbelés nous empêchant d'aller nous repaitre dans la prairie, celui-là, je l'emmure bien profond. Les barbelés, tête de fion, c'est pour pas que les vaches sacrées soit pollué par ton idéologie malsaine. 

 

Durant notre construction psychologique, des murs, nous en fabriquons, inconsciemment parfois. Ce sont des limites au delà desquelles nous ne pouvons aller, ou que nous nous restreignons à franchir. Ils sont apparus de par notre éducation, les messages transmis par nos aînés, ainsi que par notre tempérament, notre conscience, nos croyances, nos lavages de cerveau successifs opérés par la société. Ces murs diffèrent selon les personnes. J'ai des difficultés à aller vers l'inconnu(e) pour tout un tas de raisons alors que d'autres ont le contact facile et spontané.

Je ne sais pas si j'ai des origines portugaises mais des murs, j'en ai construit un paquet. 

Blandine : C'est pas un peu cliché ce genre de réflexion?

Cyril : Conchita, voulez-vous reprendre votre plumeau et allez nettoyer mon dressing!

 

J'ai toute sorte de mur. De ceux qui empêchent - de s'accomplir, d'exprimer ses sentiments, de demander de l'aide - et de ceux qui retiennent. Car le mur peut aussi servir de soutènement, pour éviter qu'un éboulement ne vienne vous recouvrir.

Les plus efficaces, jusqu'à maintenant car certains ont volé en éclat, et les suivants se fissurent dangereusement, sont ceux qui servent à retenir l'eau. Les fameuses digues.

L'une d'elle a volé en éclat lorsque j'ai franchi la porte de l'Obradoiro, l'année dernière. Une seconde, quelques jours plus tard, au kilomètre zéro. Depuis, l'eau s'est infiltrée dans les fissures jusqu'à vendredi soir, où une troisième digue a explosé. Ce n'était pas sensationnel comme les autres, mais l'eau salée des yeux s'est évacuée.

 

Cyril digue dingue dong

La rareté

La dernière fois que j'ai mangé des huitres, ce devait être il y a une vingtaine d'années. Même avant cela, je n'étais pas un grand fan de ce mollusque gluant. Par coutume, je m'astreignait à en avaler une, une fois l'an à Noël. Depuis ce séminaire à l'île d'Oléron où j'en ai gobé une douzaine, et après avoir prié ensuite de longs moments devant Jacob-Delafon, j'ai complètement coupé toute relation avec cette retourneuse d'estomac. Si on fait un bilan rapide, depuis mon premier souffle, j'estime avoir englouti environ 20 huitres. Partant de l'hypothèse qu'une huitre sur 1 million possède une perle en son sein, et que depuis ce jour béni de juin 1972, des milliards de huitres se sont succédés à travers le monde, la probabilité que je découvre une perle est quasiment inexistante. C'est pour cette unique raison que je me rabat chaque année sur la galette. Comme j'en bouffe la moitié à chaque spécimen qui passe sous mon nez, j'ai plus de chance de trouver la perle frangipane, la fève en l'occurence.

Conclusion : J’ai 28123 spécimens rares de fève

Sous Conclusion : Je n'ai pas trouvé la perle. 

Sous sous conclusion : la perle est rare.

Sous sous sous conclusion : d'où l'expression : trouver la perle rare.

Mais au fait, qu'est-ce que la rareté? A partir de quand, de combien, peut-on dire que telle ou telle chose est rare?

Adepte de Kant, je dirai que la rareté est comme la beauté, elle est subjective. Elle peut susciter l'unanimité dans certains cas, lorsqu'on évoque les éclipses par exemple. Un tel phénomène solaire tous les 30 ans, on peut parler de rareté. Si on parle des brocolis à la cantine, l'aficionado des choux-fleurs vous dira que c'est trop rare, le répulsif rétorquera "trop souvent, espèce d'intégriste".

On peut parler de rareté lorsqu'on compare deux catégories dont l'une prédomine. Les fois où le club de Saint-Félicien les Huitres a battu le PSG sont rares, dans l'histoire du foot.

Si on regarde l'histoire, Les personnages féminins étant passé à la postérité sont rares. Ce qui ne veut pas dire que les femmes n'ont rien entrepris, n'ont pas pesé. La raison est toute autre : l'histoire a été construite par les hommes. Le nombre de résistantes pendant la seconde guerre mondiale est supérieur à celui des hommes. Seulement, après les combats, les unes sont retournées à leur ménage et leurs enfants lorsque les autres se ruaient dans les instances politiques et universitaires. Prenons Voltaire, grand philosophe des Lumières, qui a tant fait pour la cause des femmes à son époque. Il a tout fait ce qui était en son pouvoir pour effacer une poétesse, intellectuelle qui lui faisait trop d'ombre et qu'il a plagié de surcroît. Du coup, la lumière devient pâle tout à coup.

La rareté suscite le plaisir, de savourer l'instant. L'occasion est tellement belle vu qu'elle se produit tellement peu souvent qu'il faut en profiter. Même sans en avoir conscience parfois. Comme les fois où mes pérégrinations m'ont amené jusqu'à la mémoire d'une femme méconnue qui mérite de l'être, une femme de lettres, une résistante, une mécène. Jeanne Lanvin, Geneviève de Gaulle-Athonioz, Jeanne du Barry.

Et si parfois la rareté venait à se reproduire à une fréquence de plus en plus rapide, elle perdrait de son essence. L'excitation et l'effervescence qui se dégagent à son attente s'en retrouverait amoindri. L'habitude, ennemie jurée de la rareté, édulcore le bouillonnement intérieur à l'approche de la rareté. C'est pourquoi il ne faut peut-être pas la provoquer. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas la planifier. La nuance réside dans la maitrise. Si de nous seul dépend cet épisode rare, il faut, à mon humble avis, savoir se mettre dans les meilleures conditions pour goûter. Pas le cul sur un coin de table à regarder un épisode de télé-réalité en buvant du vin de table. Une rareté se déguste comme un château Laffite 1972. Pour le reste, laissons les choses se produirent et sachons déceler ces moments précieux, occasionnels et les vivre à leur juste valeur. 

Lorsque je regarde dans le rétroviseur de ma Mercedes CLA, rares sont les moments empreints d'une certaine plénitude. Quelques uns me reviennent en mémoire. Il y en eut certainement d'autres que je n'ai pas su apprécier sur l'instant, faute à un éveil pas encore abouti, à une expérience de la vie trop mince. Quand je regarde devant, je suis effrayé par l'idée de ne plus en rencontrer, de ne plus ressentir le picotement, la montée d'adrénaline, le kiki tout dur.

Blandine : J'ai un Château Lamoule à la maison. Une vraie perle.

Cyril : J'ai rarement vu un message subliminal autant explicite.

 

Cyril Unique

La gloire 

Je vivais à l’écart de la place publique, serein, contemplatif, ténébreux, bucolique.

Cette phrase n’est pas de moi, mais d’une personne qui a eu et a toujours une influence certaine dans mes réflexions et posture. Auteur, compositeur, interprète et moustachu de surcroit. Fut un temps où je maitrisais ses accords et les répercutais sur ma guitare de fortune, sans la moustache.

La chanson d’où ces vers sont extraits raconte, avec beaucoup d’humour et de mots minutieusement choisis les excès de la société et les entraves à sa propre conscience pour grimper les échelons, acquérir une certaine notoriété et ainsi accéder à la Gloire.

La gloire est un merveilleux catalyseur de l’égo, il est possible que ces deux notions aient la même étymologie. Comme nous avons tous un égo, le fait d’être reconnu par les tiers, quel que soit le niveau, flatouille l’amour propre et cela booste notre confiance, propice pour aller chercher un échelon supplémentaire.

La gloire c’est aussi le constat d’avoir passé une étape, d’avoir réussi un examen ou un défi. Celle-ci est interne et booste aussi la confiance. Lorsqu’à 8 ou 9 ans, j’ai gagné ma première médaille en toc dans un tournoi de rugby international, limité au bassin Saône-et Loirien, la gloire telle que je me la représentais était à son paroxysme.

Idem pour la première fille que j’ai emballé, et pas qu’avec du papier d’alu, la réussite à l’examen du permis de conduire, à la signature de mon CDI etc…

Nous sommes tous en quête de gloire. La clé est se cantonner à la partie interne afin de grandir dans notre moi.

En CE1, à l’âge de 7 ou 8 ans, j’ai été opéré de l’appendicite. J’ai été hospitalisé quelques jours et quelle ne fût pas ma surprise lorsqu’un jour, j’ai vu apparaitre à la porte de ma chambre d’hôpital, ma maîtresse, Mme Genevois. Je me souviens avoir été impressionné de la voir ici, souriante et pleine d’empathie, qui n’était pas l’image qu’elle renvoyait en classe, on peut le comprendre, gérer 25 mioches et leur apprendre à lire et compter, on aurait vite fait de les balancer par la fenêtre.

Mme Genevois m’avait offert un livre. Un de ces livres épais pour enfants en carton, avec des illustrations et du texte. En fouinant dans ma mémoire, je crois me souvenir de l’histoire d’une voiture qui parle et qui raconte ses péripéties et ses rencontres ;

Ce fut sans doute le premier livre que j’ai lu, premier d’une longue série. Dans le sillon de ma mère qui lisait aussi beaucoup, j’ai continué durant mon enfance et mon adolescence à parcourir les pages des bouquins qui suscitaient ma curiosité et très tôt, j’ai lu des classiques, Zola, Stendhal, Steinbeck. J’ai eu la chance de vivre cette période de ma vie avant l’apparition des smartphones, abrutisseurs de la société.

J’ai eu ma période espionnage-érotique vers l’âge de 15 ans durant laquelle je dévorais les SAS avec appétit et raideur.

Bon nombre d’ouvrage écoulés m’ont plu, d’autres m’ont déçu. A la question, quel est celui qui t’a le plus bouleversé, je répondrai la gloire de mon père / le château de ma mère, de Pagnol.

Est-ce en rapport avec ma recherche de la légèreté de l’enfance ? est-ce le talent de l’auteur de transporter le lecteur dans un monde plein de charme et de poésie ? Est-ce que quand je les ai lu, j’étais dans une période nostalgique ? Le Gloire de son père ne fut pas de conquérir un pays, de gagner une médaille dans une bataille guerrière, de gagner une élection et parvenir ainsi au sommet d’une organisation, non.

Elle fut de passer pour un héros, malgré son manque d’expérience et en dépit des railleries des gens du cru, par un coup de chance. Galvanisé sur l’instant, il ne s’en vanta par outre mesure – Joseph Pagnol était quelqu’un de simple, généreux- mais cela permis de claquer le bec aux soi-disant sachants, ce qui flatte l’égo aussi.

Le summum de la gloire est de retourner dans l’ombre lorsque les lumières vous attirent.

Cyril trompettiste

Date de dernière mise à jour : 17/09/2026